Tania Ruiz Gutiérrez, Annorstädes / Elsewhere / Ailleurs

p17, §3 : On a forced trip, you travel the world attached to your home, without parting. The traveler transforms into an emigrant and his nostalgia, a broken compass, is the inversely proportional measurement of the distance to the aim; the more it grows the futher it drives one away.
The compulsion to continue projects a trajectory with no return, as returning to the place of parting is not returning to the departure point. The location is geographical; the place, the abandoned home.

Raymond Bellour, Moving Pictures
P22: voilà un peu plus d’un siècle, le Trans-siberian Railway Panorama était présenté pour la 1e fois à Paris dans le cas de l’exposition universelle de 1900, serrant d’un formidable tour d’écrou l’histoire d’une affinité spectaculaire entre le train et le cinéma (5 années déjà depuis l’entrée en guerre du train Lumière). Cette installation monumentale portée à 1 point de perfection la tradition ancienne des panoramas mouvement qui avaient envahi les États-Unis et l’Angleterre depuis les années 1820, induisant 1 rapport au mouvement différent de celui du panorama classique, circulaires ou semi-circulaire, face auquel la mobilité tient au déplacement du spectateur et non à celui de l’image. (…} 45 minutes 1 voyage réel d’environ 10 000 km entre Moscou et Pékin.
Page 24 : si afin de garantir la réalité perspectives et les effets liés à la vitesse supposée de déplacement, ces écrans se trouvainent étagés selon la profondeur des distances et des hauteurs variables, et défilé à des vitesses différentes (le 1e et le second, respectivement, à 400 et 130 pieds [122m et 40m] par minute). (…) L’effet paradoxal d’un tel dispositif tient ainsi au fait que, comme au cinéma, c’est l’image-paysage qui bouge et le spectateur qui reste immobile. Mais elle bouge à la seule fin d’entretenir la simulation d’un voyage. (Suite description)
Idée perso: faire 1 parallèle avec la ville recréée pour Catherine d’Autriche
page 28 : le monde passe ainsi, dans son immensité. On le découvre, on ne devine, on le reconnaît, au rythme égal d’images capturées selon le glissement latéral que la plupart des véhicules favorisent, voiture parfois, train souvent, bateaux surtout. Ainsi se développe 1 modalité inédite d’un cinéma de la réalité, dont il faut mesurer les artifices qu’il implique pour saisir plus pleinement la force.
(…)
Elle a par là opter d’emblée pour “un cinéma élargi”, comme on dit depuis Gene Youngblood, ou plutôt « étendue », comme l’a proposé récemment le philosophe Elie During, et qu’elle préfère elle-même plutôt essayer de se représenter comme « cinéma infini ».
Page 32. Description de la rue du marché.
Comme 1 bloc perceptif aussitôt converti en mémoire et en influx nerveux — et dont il faut chercher à évoquer l’apparence impressive. L’écran se trouve ainsi divisé en quatre parts dont les mouvements de la matière-couleur interfèrent en se formant-transformant. En haut à gauche, l’avancée de la caméra dans la rue du marché semble continuellement se redoubler, se pulvériser sur elle-même, au gré de mélanges sans fin, réengendrant ainsi l’espace par le temps au fur et à mesure de la progression des corps dans la rue. À droite ville du lieu des lignes horizontales de couleur, défilent aussi bien, roulent, vibrent, défilent, variant en teintes et en volumes, traduction aussitôt formalisée de la matière vivante propre à l’événement (1 espace bleu se dilate ainsi dans le haut du cadre quand le ciel s’agrandit et à gauche). Ce qui se passe dans l’écran du bas, étroit et allongé, et encore plus difficile à dire. On y devine les mêmes événements de matières-couleurs se déployant sous formes d’entrelacs verticaux ou fusion inextricables, qui en composent 1 radiographie seconde. L’élément le plus étonnant est 1 dernier très petit cadre aménager à la droite inférieure de l’écran, dans lequel des niveaux de réalité aussi l’un vers l’autre sans pour autant vraiment se mélanger : (…}
Page 32 : référence à  Waiting line, la file d’attente. Mais des photogrammes innervés de mouvements, s’accumulant par épaississement sur leur tranche pour s’immobiliser et constituer ainsi cette expérience comme 1 feuilletage, selon 1 zigzag qui semble suivre le dessin de la rue dans laquelle les gens s’agglomèrent. Il s’agit, écrit Tania Ruiz, « de dépeindre la nature de l’attente ». Elle dit aussi : « la file se fait et se défait, se file et se défile, toutes les trois minutes, éternellement. »
Page 37-38 : Si, pour continuer à tenir du regard de vision toujours contrastée, il choisit, du pas toujours quelque peu désoeuvré propre à l’attente et à la flânerie, d’accompagner au long du quai tel plan qui surgit, il verra que ce plan et lui vont à peu près du même pas.
(…)
Cet écart, on le sait, est supposé répondre de celui qui sépare deux fenêtres dans un wagon. Mais là encore, c’est une fiction, tout comme celle qui évoque infailliblement l’idée du noir séparant deux photogrammes sur une pellicule.
P40: Il s’explique par un montage intérieur subtil destiné à garantir l’autonomie perspective de chaque image en même temps que la continuité entre toutes les images composant chaque plan, l’un à la la suite de l’autre, interminablement. (…)
70h de projection, montage toujours inédit… Comme Railway Panorama, paysage ne se répète jamais.

WALLS
p47: I believe that cave paintings were note always meant as trophies, but mostly intended as consolations for the unfruitful hunts. If I am right, Elsewhere shares with them the same purpose: as a consolation for what has not been seen yet and what will not be seen again.

FILMS FONTAINES
P53: As its name suggests, fluidity is fundamental is this project, destined to public space. It is a sort of programmed cinema that may seem mercurial at close range, but will appear to follow long cycles, when seen form afar. The metaphor of the fountain refers to the place occupied by fountains in modern cities, their evolution from functional to ornamental infrastructure.

Suite à la discussion avec JLB, l’opposé de la continuité filmique c’est le temps réel. Le panorama avec table d’orientation – ici la fontaine renoue avec le temps réel.

EVERYWHERE
p65: The windows of Elsewhere are always looking somewhere else. Two rows of windows face each other, looking to different places, looking at each other through us.
It is a convention in film language that a cut denotes a causal link. We can say that the program driving the dynamic linking of sequences in Elsewhere suggests multiple and variable causalities. Something happening on one side of the world triggers the events in a fareway place.

TEMPORAL PERSPECTIVE
P75: If the world was flat like a scroll painting, the editing of Elsewhere would have been simple. One constant algorithm would have dictated the proportions to achieve the illusion of spatial continuity.
” Cette découverte de la perspective temporelle s’identifie à la comparaison, devenue soudain possible, entre plusieurs vitesses de succession des événements; que le cinéma suscite et oppose au temps humain moyen, comme l’architecte place un personnage dans la maquette d’un monument pour permettre d’en juger les proportions. Car nous ne connaissons les choses que par leurs différences. Dans un monde monochromatique, où tout serait rouge, il n’y aurait pas de couleur, pas de rouge. Dans un système à température constante, il n’y aurait pas de température perceptible ni mesurable. Dans un univers à vitesse unique, le temps disparaîtrait.”
Jean Epstein, Esprit de cinéma (éditions Jeheber, Genève-Paris 1955) 126.

TRAINS AND FILM
P77: I wonder if the straightforward way which we reconstruct the landscape notwithstanding the clear fragmentation of time, comes from our habit to conceive time in terms of space. “Full life“, “long day“, “look forward“, “short period“
(…)
“The history of cinema began with a train (…) The railway stands for the loss of the experience of travel as a spatial continuum, insofar as a train passes over or travels through an interstitial space. (…) The railway appears as a force eradicating space and time.

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Tania Ruiz Gutiérrez, Annorstädes / Elsewhere / Ailleurs, éditions Aliubi Atque Aliubi, 2010

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