Paul Fraisse, Psychologie du temps

Chapitre IV – Le Seuil du temps

  1. P99: Toute perception a un donné phénoménal qui, dans ses qualités et son organisation, correspond à des stimulations, mais n’est pas un décalque de la réalité physique. La psychologie de la perception consiste à établir ces correspondances psycho-physiques et à essayer de les expliquer en prenant connaissance des mécanismes de réception, de transmission et de projection corticale.
    Pour toute perception, la première question est celle de son seuil. Dans quelles conditions le temps apparaît-il donc une donnée perceptive?
    > perception de la continuité et de la simultanéité.
  2. P100: L’instantanéité et la simultanéité sont les deux cas limites où cesse la perception du temps.
    Les étudier = assister à la naissance perceptive du temps.

    I. De l’instantané au durable

  3. p100, §1: Définition d’Aristote, instant comme unique si aucun mouvement ne s’est produit.
    Pieron, “point de temps”, stimulation brève non durable.
    Déterminer la limite entre l’instantané et le durable en fonction de la durée de stimulation.
    Durup et Fessard, 12,4 cs pour une stimulation lumineuse. Quelques centièmes de seconde aussi pour impressions tactiles.
  4. P101: point de temps, durée du stimulus beaucoup plus longue dans le cas de la vue que dans celui de l’ouïe ou du tact.
  5. P101, §2: Ce point de temps a parfois été considéré comme une unité psychologique ou atome de temps.
    Piéron: Quel est l’élément simple, c’est-à-dire insécable de la durée? L’unité de temps varie avec la nature des sensations.
    Hypothèse que l’unité psychologique de temps la durée minimum d’une opération mentale aussi simple que possible.
    Richet (1898) remarque une impossibilité de prononcer plus de 11 syllabes à la seconde. (ici, unité psychologique est en réalité la durée minimum du processus physiologique est en réalité la durée minimum du processus physiologique correspondant à un acte élémentaire sans référence à la durée apparente de cet acte au plan de la perception.
  6. p102: Stroud (1956), temps psychologique pourrait être brisé un nombre fini de moments alors que le temps physique pourrait être décomposé en une infinité d’instant.
    L’individu réagit: comme dans une caméra dont l’obturateur ne s’ouvrant qu’un certain nombre de fois à la seconde ne pourrait enregistrer qu’une partie de ce qui se produit…
    Ensemble d’expériences pour montrer comment est perçu la continuité malgrè des coupures dans les stimuli (visuels ou auditifs).
    Recherche autour de la fréquence de fusion.Si on fait voir ou entendre des séries de stimuli très brefs (stimuli de 1,1 cs avec interruption de 2,2 cs, les stimuli se suivant donc à 3,3 cs d’intervalle), le nombre de stimuli perçus est inférieur au nombre objectif de stimulations. (…) Si, pendant l’audition d’une liste de mots, on coupe à une certaine fréquence par un moyen électronique le flux sonore (ou si on le masque par un bruit blanc), on constate que les interruptions ont un effet très différent suivant leur rythme. Si la cadence des coupures est très lente, et si la durée de la coupure égale la durée de l’audition, on ne perçoit que 50% des mots. Si la cadence est très rapide, il n’y a pas de perte et la réussite est de 100%. Entre ces deux extrêmes, on constate que, dès que les coupures atteignent 10 par seconde, la réussite approche du maximum, comme si à cette cadence on ne perdait pratiquement plus d’information utile.
  7. P103. L’objet de telles recherches est de trouver une unité des processus physiologiques d’intégration du successifs; les faits sur lesquels elles s’appuient rendent vraisemblable l’existence d’une pareille unité.
  8. Peut-on parler d’unité psychologique du temps? Unité à deux sens: c’est en premier lieu la qualité de ce qui est indivisible, en ce sens l’instantané peut être dit une unité de temps. En second lieu, c’est la partie dont la multiplicité constitue un tout.
    Piéron (1945, p. 36), “pluralités d’instants unitaires”.  Il pose le problème des rapports entre l’unité psychologique de temps et la valeur de l’échelon différentiel dans la comparaison des durées perçues. Y aurait-il des quanta du temps perçu? (…) Rien n’autorise à penser que les durées perçues soient des composés.

    II. De la simultanéité au successif

  9. P103-104: Dans le cas d’une stimulation unique, il y a perception de la durée lorsqe la stimulation est assez longue pour ne plus apparaître comme instantanée. Deux brèves stimulations, elles, engendrent la perception d’une durée lorsqu’elles apparaissent comme successives. La durée est alors l’intervalle entre les deux stimulations. Si l’intervalle entre les deux stimulations apparaît nul, les deux stimulations sont dites simultanées. Il ne s’écoule pas de temps entre elles.
    > Quelles conditions pour percevoir la simultanéité, et la succession?
  10. p104: Deux événements sont simultanés lorsqu’ils se produisent à un même moment du temps. Lien à Poincaré, La Valeur de la science -> parler ainsi, c’est se placer au point de vue d’un intelligence infinie et omniprésemte. En effet, l’homme – qui en ce domaine se comporte comme n’importe quel enregistreur – ne connaît jamais les phénomènes physiques mais uniquement les sensations produites par ces phénomènes.
    Ordre des phénomènes physiques ≠ ordres des sensations. Exemple du tonnerre et de l’éclair.
    On parle ici de simultanéité psychologique: des “événements appartiennent au même présent mental et ne sont pas susceptibles d’une ordination temporelle” (Pièron, La Sensation guide de vie, p. 394).
    Quel rapport entre simultanéité apparente et ordre des phénomènes physiques?
  11. P105: Deux stimulations simultanées ne sont pas toujours perçues simultanément, Car:
    - Chaque type de récepteur a d’abord une latence propre. (lantence de la vision supèrieure à 4cs à celle de l’audition) (Piéron, ibid, p. 46) et cela dépend de l’intensité du stimulus.
    Exemple: Si deux petites plages lumineuses proches l’une de l’autre s’éclairent simultanément mais à des niveaux d’intensité différents, les deux lumières ne paraissent pas simultanmées; tout se passe commme si la plage la plus lumineuse se déplaçait vers la plage la moins lumineuse.
    Mouvement apparent: quand deux stimulations semblables se succèdent assez rapidement.
    - Retard de la transmission de l’influx nerveux:
    Exemple: Klemm(1925), pour que deux stimulations, l’une sur le front, l’autre sur la cuisse, soient perçues comme simultanées, il fallait que l’excitation de la puisse précède celle du front de 2 à 3,5 cs.
    >  donc, la perception de la simultanéité réside dans la simultanéité d’excitations corticales.
  12. P106: (…) deux stimuli qui agissent dans les mêmes conditions sur l’organisme, celui vers lequel on porte son attention apparaît comme antérieur à l’autre. Descriptif d’expériences.
    Expériences sur le rôle de l’attention dans la perception de la simultanéité ou de la succession.
  13. P107: Il faut un intervalle de 20 cs au minimum pour la double tâche soit possible.
    Importance du rôle de l’attention dans la perception de la simultanéité ou de la succession.
  14. P107, §3: perception de la simultanéité lorsque les stimuli peuvent être intégrés ou unifiés de sorte que nous les saisissions ensemble sans dispersion de notre attention.
    > facile de fusionner des notes de musiques ≠ sons dissemblables comme un coup sur la porte et le son d’une horloge, car trop différents.
  15. P108: Expérience de Jean Piaget chez les jeunes enfants pour la simultanéité.
    Nous avons > avec une grande finesse le synchronisme de mouvements symétriques qui s’intègrent à un pattern moteur. Précision pour réaliser des mouvements simultanés.
    Si sensations trop dissemblables alors difficulté pour percevoir la simultanéité.
  16. p108-109: équation personnelle, vient des astronomes qui commettaient individuellement toujours les mêmes erreurs en utilisant la méthode œil-oreille.
    Michotte (1912), valeur et sens de l’erreur montrés par des propriétés perceptives.
    Diverses expériences de Guinzburg (1928), exemple: la simultanéité était encore perçue quand le son précédait la lumière de 12 cs… Voir pour autres détails.
  17. P110: Seuil de perception de la simultanéité.Le Seuil de perception de la succession
  18. P110: Pour quel intervalle temporel, deux stimulations cessent-elles d’être confondues ou simultanées?
    Piéron (p. 394), acuité temporelle: “la capacité discriminative dans la dimension-temps, comme les acuités spatiales représent les capacités discriminatives dans les dimensisons de l’espace”.
    - stimulations rapides et successives, elle sont fusionnés par la persistance de la sensation.
    - intervalle temporel entre les stimulations, phénomènes de papillotement pour la vue, du roulement ou crépitement pour l’ouïe, de vibration pour le tact.
    Quelques exemples chiffrés autour de la sensation de continuité ou non.
  19. P112: Lois de Korte sur intensité des stimulations.
    On peut même obtenir un mouvement apparent, comme nous l’avons déjà signal, avec deux stimulations objectivement simultanées, mais d’intensité différente, par suite du retard de la sensation la moins intense sur la plus intense.
    Wertheimer pensait que l’optimum du mouvement apparent est réalisé quand l’intervalle atteint 6 cs (le cinéma a utilisé une cadence de 18, puis de 24 images par seconde, soit des intevalles de 5,5 cs et de 4 cs=, et qu’il disparaît complétement, faisant place à la perception d’une succession, quand l’intervalle atteint 20 cs.
    Changement de ce seuil en fonction des lésions, âges…
    Dans le domaine tactile (…) si on excite deux points très voisins de l’avant-bras (la distance entre les points étant au-dessous du seuil de la discrimination spatiale de deux contacts) > intervalle < 100 cs, sensation unique, si intervalle > 100 cs alors naissance de mouvements apparents.
  20. P113: autre exemple pour l’audition. Si les conditions sont telles qu’il ne peut y avoir intégration des deux excitations en un phénomène unique, l’acuité temporelle est beaucoup moins fine.
  21. P114-115: Conclusion sur les expériences. Cependant nous percevons mieux les changements avec les sens du tact et de l’ouïe, ce dernier étant mieux adapté aux discriminations spatiales qu’à la saisie des modifications temporelles des stimulations.
  22. >>> (…) saut dans la lecture, p223-24: Expérience de Myers (1916) qui montre que les spectateurs de cinéma ont la perception d’un temps allongé voir doublé face à un film.

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Paul Fraisse, Psychologie du temps, Paris : Presses universitaires de France, 1967

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